Mardi 17 janvier 2012 2 17 /01 /Jan /2012 10:20

Juste un petit mot, aujourd'hui, pour souligner à quel point j'aime mes soeurs, et à quel point je suis fière et heureuse d'être leur soutien et leur confidente !

 

Soeur Compétences a 18 mois de moins que moi. Nous avons grandi ensemble, dans la même chambre, et souvent dormi dans le même lit. Partager à ce point l'enfance nous a liées très fortement, alors que nous avons des tempérament très différents, pour ne pas dire opposés. Je me suis toujours sentie investie du devoir de la protéger et de veiller sur elle, et m'y suis appliquée tant que j'ai pu. Elle est la seule personne avec qui je peux rester des heures au téléphone. On a toujours plein de choses à se dire, et même si nous sommes très différentes, on se comprend parfaitement à de nobmreux niveaux : on a la même énergie, le même goût pour l'action, le même besoin d'avancer sans cesse. Elle me confie souvent la garde de son aîné (ce qui est une grosse marque de confiance de sa part), et est l'une des rares personnes qui nous invite tous les 6 plusieurs fois par an. Il lui arrive régilièrement de m'appeler pour vider son sac ou me demander mon avis. Quand elle m'écrit, elle m'appelle toujours "Grande Soeur", et qu'est-ce que j'aime ça !!

 

Soeur Courant d'air m'a à la bonne, j'ai de la chance, et je ne sais pas trop à quoi ça tient. Je ne mâche pas mes mots, avec elle, pourtant, mais comme elle aime la franchise autant que moi, elle ne peut pas m'en tenir rigueur. Ce que nous partageons, toutes les deux, c'est le côté "scorpion" : mélange de mélancolie et de passion, tendance à tout mélo-dramatiser, à enchainer des hauts très hauts et des bas très bas, le besoin de solitude, la misanthropie, l'envie de mourir parfois, et puis notre goût pour la nature, le jardinage, l'horticulture, cuisiner, manger, dormir... bref, c'est bien assez pour trouver un terrain d'entente. Avec elle, jamais de préambule. Quand elle a besoin de moi, ou sollicite une réponse à une question, ou a envie de dire qu'elle va mal, elle m'envoie une ligne sur MSN. Ou alors elle débarque à la maison et me tombe dans les bras. J'ai la chance immense d'être informée en exclusivité, parfois, des choses de sa vie. De ses crises de déprime, de SEP, mais aussi de son nouvel homme (j'ai même pu rencontrer le dernier !), etc.. Bref, je la prends comme elle est, j'essaie de veiller sur elle d'aussi près qu'elle me laisse approcher. Elle est à la fois si fragile et si forte, si tendre et si dure, si braque et si secrète, savoir comment la prendre est un défi permanent ! Pourtant, de toutes, c'est sur elle, sans doute, que je peux le plus compter.

 

Quand Petite Soeur Parfaite était petite - et alors que personne chez nous n'est baptisé - j'ai demandé à mes parents d'être officiliasée comme un genre de marraine pour elle. Je voulais instituer un lien privilégié, être sa grande soeur de référence. Et le fait est qu'elle n'accroche pas plus que ça avec Soeur Compétences (elles sont trop en conccurence) et que Soeur Courant d'air ne peut pas l'encadrer, donc je suis celle qui reste, celle qui met beaucoup d'eau dans son vin pour la prendre elle aussi comme est, avec son arrogance et ses grands airs d'enfant gâté. A part ça, c'est quelqu'un d'extrêmement généreux, spontané, avec une volonté de fer et une capacité impressionnante d'aller au bout de ce qu'elle entreprend. A 23 ans, elle a fini ses 5 années de Science Po brillamment, et a été reçue haut la main à tous les concours qu'elle a tentés... C'est rien de dire que c'est une intelligence, mais qui manque tellement de sens pratique par ailleurs, jamais fichue de partir à l'heure, étourdie comme pas deux. Avec nos 12 ans d'écart, il n'a pas été facile de construire une relation d'égale à égale. Pendant toute son enfance, je n'étais pas là et me souciais bien peu d'elle. L'intérêt est venu après, à la naissance de mes propres enfants, qui sont devenus un peu ses petits frères et soeurs (elle a même assisté à la naissance de Petit Dernier). Elle aussi m'appelle ou m'écrit quand elle va mal. Il y a deux jours encore, je l'ai eue en larmes au téléphone, en stress total car incapable de choisir parmis les possibilités (pourtant toutes prometteuses) qui s'offrent à elle. Et c'est là qu'à la fin, une fois ragaillardie et bien remontée, elle m'a dit en riant, "heureusement qu'il y a le 36 15 Grande Soeur"... Et là pour le coup, c'est moi qui ai eu une grosse envie de pleurer. Parce que ce genre de phrase me fait me sentir héroïque, et que ça fait un bien fou !

 

Même ma mère - que j'aime beaucoup, mais avec qui j'ai toujours maintenu beaucoup de distance - se tourne parfois vers moi pour s'épancher !! Et je ne parle pas de Beau-Papa, de mes belles-soeurs, etc. Mais aucune de ces relations ne peut rivaliser avec ce qui me lie à mes chères et précieuses soeurs.

 

Bref !! Rien ne me rend plus heureuse qu'être utile aux gens que j'aime. Ca fait longtemps que je le sais, mais j'ai dû m'affranchir du "et moi, et moi, et moi" qui me bouchait la vue avant de pouvoir apprécier pleinement. Un grand merci pour votre confiance, donc, vous tous qui comptez sur moi, et je prie pour ne jamais vous faire défaut.

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Vendredi 30 septembre 2011 5 30 /09 /Sep /2011 08:48

Hier, à la petite bibliothèque, je suis tombée en arrêt sur un livre, pendant que j'attendais que les enfants en choisissent de nouveaux : "Mère épuisée", de Stéphanie Allenou.

Non que je me sente concernée aujourd'hui par ce titre, mais pour avoir vécu des moments difficiles pendant la petite enfance de ma progéniture, j'ai eu envie de confronter mes souvenirs au témoignage de cette femme.

 

Et finalement, je n'ai pas pu reposer le livre avant de l'avoir fini, tard dans la nuit. Il m'a profondément émue, pour ne pas dire bouleversée, ce qui est une chose assez rare : déjà parce que sa détresse et sa sincérité sont poignantes, mais surtout parce qu'il y a quelques années, j'aurais pu en écrire mot pout mot des chapitres entiers. Toutes les mères le pourraient, sans aucun doute.

 

Ce qui m'a aidée, par rapport à cette femme, c'est que mes enfants n'ont jamais été particulièrement turbulents, et j'ai toujours eu de l'autorité sur eux, naturellement. Et puis, contrairement à elle, je n'ai pas de grands besoins de vie sociale, le retrait me convient parfaitement, et les quelques correspondances que j'entretiens, ainsi que les contacts avec ma famille suffisent à me satisfaire pleinement à ce niveau.

 

Il n'empêche, qu'il y a des moments où on rêve de fuir, oui, des moments où on imagine tous les planter là, tout de suite, où on sent qu'il en va de notre salut, et où on est vraiment à un cheveu de franchir le pas. Il y a la solitude démesurée, souvent, qui nait du sentiment d'être totalement incomprise par son entourage, d'être lâchée seule dans l'arène, et l'agressivité que ça génère, parce qu'on se blinde comme on peut pour tenir le coup. Il y a la culpabilité et la honte qui nous écrasent chaque fois qu'on craque, qu'on hurle ou qu'on lève la main sur l'un des êtres qu'on aime le plus au monde, et qui est à notre merci, sans défense. Il y a le sentiment d'être dépassée, de ne plus pouvoir faire face, de ne plus rien maîtriser, d'avoir "tout raté". La fatigue, tellement immense, qu'on ne trouve plus ses mots, qu'on ne peut même plus retenir un numéro de téléphone. Et pour ma part, il y a eu l'eczema purulent, qui fut une vraie "plaie" pendant les 3 premières années de 3 de mes enfants, ce qui me fait tout de même 9 ans en tout, à endurer l'impuissance face à leur petit corps à vif, à les entendre se gratter la nuit, voire s'écorcher, à les retrouver en sang dans leur lit, à devoir quasiment arracher leurs habits qui collaient à leur peau, et puis, pire que tout, le regard et les jugements des autres, cruels. Mais je ne veux pas revenir là-dessus, j'en ai déjà parlé. Le fait est que 9 ans de ce calvaire, + 3 ans de grossesse à être malade comme un chien, ça laisse des traces dans la psyché, qui ne sont pas prêtes de s'effacer, et qui font passer définitivement l'envie de remettre ça une fois de plus, même si le résultat s'avère des plus réussis !

 

"Tu étais un vrai zombie, franchement tu faisais peur !", m'ont dit un jour mes soeurs, en évoquant l'époque où, après 6 mois de nuits blanches, j'ai jeté l'éponge et décidé d'arrêter d'allaiter Miss Bout-en-train, afin de pouvoir la remplir de biberons de bouillie bien épaisse, et  que son père puisse prendre le relais quand il était là. A cette époque, à force d'être réveillée toutes les 90 minutes chaque nuit, et d'épuiser le jour toutes mes ressources à tenter d'apaiser cet insatiable appétit tout en m'occupant de mes deux aînés, j'ai atteint mes limites physiques et psychiques. Je n'adhérais plus à la réalité, j'étais devenue un robot, qui faisait les choses de manière automatique, et tout ce qui me restait d'énergie passait dans la volonté, juste pour parvenir à me lever le matin. C'est à cette époque qu'un profond fossé s'est creusé entre moi et Cher et Tendre (dont je supportais très mal l'absence), et que même, j'ai parlé de divorce.

 

Etre mère au foyer est loin d'être une tache aisée, loin de là, mais lorsque vous dites ça, qui vous prend au sérieux ? Vous avez tout juste droit à un petit sourire condescendant, qui signifie "Mais oui, mais oui...tu es planquée chez toi, tu n'as que ça à faire, tu es gonflée de te plaindre...". Et lorsqu'on vous demande : "Que faites-vous dans la vie ?" et que vous répondez "J'élève mes enfants", la conversations s'arrête net, et les réactions vont de l'indifférence au mépris. Qui aurait l'idée de vous demander "Et alors, comme ça se passe ? Comment vous le vivez ?". Non, il n'y a que les honnêtre travailleurs, ceux qui vont gagner leur vie à l'extérieur, qui ont à subir les humeurs de collègues et la tyrannie d'un patron, qui méritent du respect et de l'attention. Personne n'imagine qu'un enfant peut-être plus tyrannique que le pire des patrons (et ce 24 heures sur 24, 7 jour sur 7), et que ses humeurs peuvent changer en 2 s chrono, et ce plusieurs fois par heure, et vous pourrir la vie plus efficacement que le plus méchant des collègues. Elever un enfant revient à apprendre sur le tas un métier particulièrement technique et exigeant, tant mentalement que physiquement, pour lequel on n'a jamais reçu de formation (et sur lequel on nous dupe même outrageusement), où les responsabilités sont immenses et où les conséquences de nos erreurs peuvent être dramatiques. Mais à part ça, seuls les honnêtes travailleurs peuvent se plaindre de subir de la pression et du stress. Le foyer familial, lui, est forcément un havre de paix !

 

Du coup, lorsqu'un ami m'écrit : "Ta vie est sûrement aussi passionnante que la mienne", alors qu'il est en train de bourlinguer en Amérique du Sud sur un vélo, même si ça sent l'ironie à plein nez, je préfère opter pour croire qu'il est sincère, et qu'il reconnait ainsi la valeur de ce que je vis, moi, la planquée. Et ça fait un bien fou ! Oui, ma vie est passionnante, j'en suis la première convaincue, mais je pensais bien être la seule aussi !!

 

Ce même ami, et les deux autres à qui j'écris régulièrement, n'imaginent sûrement pas le bonheur qu'ils me procurent simplement en m'appelant par mon prénom (sentiment que j'ai retrouvé chez l'auteure du livre). Parce que pour mon entourage direct, je ne suis que "Maman", ou "Ma chérie", c'est-à-dire la mère, et l'épouse. Ma famille prononce mon nom de manière automatique, pour eux je suis avant tout la soeur, la fille. Par contre écrit par un ami, ce tout petit mot me donne le sentiment puissant d'exister pour moi, indépendemment de tous, et ça aussi, ça fait un bien fou.

 

Ce livre mérite vraiment d'être lu, et j'aimerais que Cher et Tendre y jette un coup d'oeil, juste pour entrevoir ce qui a été mon quotidien pendant des années, juste pour comprendre comment j'ai pu arriver à être parfois si dure, si implacable. Et pourquoi j'ai été si inaccessible par moments. Tout le monde devrait lire ce livre, d'ailleurs, ne serait-ce que parce que tout le monde a une mère. Et puis les mères, pour se sentir moins seules, et tous les autres pour mieux les soutenirs. Pour prendre conscience que leur mission est des plus difficiles qui soient, et à quel point elles ont besoin de soutien.

 

Et c'est parce que je sais, moi, comme j'aurais appréciée d'être aidée (et je l'ai été un peu, heureusement, par ma mère, et épisodiquement par ma belle-mère), que je prends sur moi pour prendre à la maison les enfants des autres, ou pour venir au secours de ma soeur ou de mes belles-soeurs, alors qu'elles-mêmes ne se sont jamais souciées de moi quand j'étais seule à gérer mes 4 mouflets, et que j'ai envie de tout sauf de m'occuper à nouveau de bébés, de petits qu'il faut porter, changer, bercer, nourir, qui m'entravent et m'agressent par le bruit infernal qu'ils font. C'est si bon, une maison calme où plus personne ne braille, ne pleure, ne crie. Le bruit et l'agitation sont vraiment mes bêtes noires, ceux de mes enfants (très raisonnables) me suffisent amplement, j'ai envie de tout sauf d'y ajouter les décibels et les trépidations des rejetons des autres. Et pourtant je le fais quand même, et plus souvent qu'à mon tour, parce que je ne me sens bien avec moi-même que dans ce rôle de colibri, et qu'il parait qu'il faut "traiter les autres comme on souhaiterait qu'on nous traite". Facile à dire, mais pas à faire, je le garantis !! Enfin, parfois je m'esquive : il y a peu j'ai refusé de prendre les enfants de ma belle-soeur en week-end à la maison, à deux semaines de son accouchement. Parce que j'avais du travail par-dessus la tête, parce que j'avais déjà 3 ados de plus à nourir, parce que ses gosses sont particulièrement bruyants, capricieux et empotés, qu'ils revenaient tout juste de 15 jours de vacances chez leurs grands-parents (elle avait donc eu le temps de se reposer) et simplement aussi parce qu'à elle, je peux bien dire non de temps en temps.

 

Au téléphone, Cher et Tendre, tombé au beau milieu de ma lecture, a eu ce commentaire : "J'espère au moins que ça finit bien ?!" et la réalité, c'est que non, ça ne finit pas bien : ça finit, juste. Petit à petit, les enfants finissent par grandir, et un jour on peut redormir une nuit complète, puis deux, puis trois. Retrouver progressivement ses facultés mentales et physiques. Un jour enfin, ils sont autonomes, s'habillent seuls, mangent seuls, puis font du vélo seuls, lisent seuls... Et ensuite ils prennent le train et le bus tous seuls, et peu de temps après, ils quittent la maison.

 

Oui, un jour ça finit. Et ce sera leur tour, ensuite, de transmettre la vie, et d'en payer le prix !... Je serai là pour les soutenir, et leur souhaite dores et déjà bon courage !!

 

Pour conclure, je recopie ici, comme l'auteur l'a si justement fait, un extrait délicieusement acide de "La fatigue émotionnelle et physique des mères. Le burn out maternel", de Violaine Guéritault :

"La société attend une performance exemplaire de la part des mères sans que leur soient accordées les ressources nécessaires pour répondre à cette attente. Si elles sont épuisées, débordées, ou chroniquement en retard, c'est forcément parce qu'elles sont désorganisées. S'il leur arrive d'être agressives, colériques ou à bout de nerfs, c'est sans doute un cas de syndrome menstruel aigu. Si finalement elles s'effondrent, c'est parce qu'elles souffrent de dépression due à une nature vulnérable et que les médicaments devraient soulager afin qu'elles retrouvent une productivité capable de satisfaire les besoins de tous ceux qui les entourent."

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Mardi 27 septembre 2011 2 27 /09 /Sep /2011 21:14

Sur le chemin que j'emprunte chaque jour pour accompagner les enfants à l'école - à vélo - je passe devant une courette enclavée entre 3 murs, abritant un minuscule jardin en fouillis, qu'on apperçoit très vite à travers la grille d'entrée. C'est le genre de jardin qui me plait bien, à l'ambiance jardin de curé, ou jardin d'enfance : des amours en cage, quelques rosiers déguingandés, de la valériane, des roses trémières, des entrelacements indisctincts de plantes grimpantes et de vivaces buisonnantes, le tout foisonnant de couleurs et de désordre.

 

Et parfois, au milieu de ce charmant mic-mac, posée sur une antique chaise en fer forgé, il y a une petite mamie.

 

C'est rien de dire qu'elle me fait penser à Ma Mamie, évidemment.

 

Mais au-delà de la nostalgie que ça suscite, je me surprends souvent à envier cette petite mémée, qui n'a rien d'autre à faire que de rester assise là, au milieu de ses fleurs, à profiter du spectable sans s'offusquer de son imperfection, avec l'indulgence que lui a probablement apporté l'âge. Qui a sa vie derrière elle et est arrivée au terme de la lutte ereintante grâce à laquelle elle est parvenue à se faire une place dans le monde : cette petite place là, au milieu des fleurs, dans l'anonymat d'une rue triste et vide, et d'un patelin non moins terne et morne. Je l'envie de n'avoir plus guère à perdre, plus guère à attendre de cette vie. Rien d'autre à faire que se préparer à faire le grand saut.

 

 

 

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Vendredi 16 septembre 2011 5 16 /09 /Sep /2011 13:27

Première fois que j'entends parler de ce principe de blog :  1 photo par jour... Ou encore mieux : une bonne nouvelle par jour !

 

Oh, je serai bien incapable d'écrire tous les jours, mais il n'empêche que j'aime bien ce principe, et que je regrette que ce journal ne me serve qu'à venir fulminer tout à mon aise, sans me soucier de mon image. Les petits bonheurs de chaque jour méritent qu'on en parle bien davantage.

 

Alors allons-y, aujourd'hui première photo, celle de mon si cher Petit Dernier, dans le "lit merveilleux" que lui a préparé sa soeur.

 

A savoir, pour l'anecdote, qu'au moment du déménagement il a été entendu avec les enfants que leur priorité pour la nouvelle maison était qu'ils aient chacun leur chambre. Trouver une maison avec 5 chambre dans nos prix n'est pas si aisé, aussi étais-je très satisfaite d'y être parvenue. Et voilà que Miss Bout-en-Train a beaucoup de mal, dans les faits, à ne plus dormir avec sa grande soeur. Alors du coup elle débauche Petit Dernier et l'apâte par toutes sortes de stratagème, genre en lui laissant le lit du haut, en lui racontant des histoires, etc.

Avec ses airs de grande fille indépendante, ma jolie poupée russe reste encore un gros bébé qui a peur du noir et de dormir seule. Et lui est ravi d'avoir ainsi deux chambres et d'être bichonné aux petits oignons. Craquant !


 

DSC04182

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Lundi 29 août 2011 1 29 /08 /Août /2011 13:50

Il m'est arrivé hier un événement assez surréaliste, qui me laisse aussi honteuse que perplexe, et qui mérite d'être relaté pour son caractère aussi inattendu qu'inhabituel.

 

Nous étions dans notre ancienne maison (en vente), occupés tous ensemble à l'empêcher de ressembler au château de la Belle au bois dormant, enseveli sous une jungle de végétation impénétrable.

 

Fils aîné était aux prises avec la tonte de l'herbe trop haute, Prunelle était assiste par terre, occupée à faire une nouvelle coupe au cotoneaster, et miss Bout-en-train et Petit Dernier remplissaient (très inefficacement) des cageots de bois mort destinés à allumer le feu cet hiver. Le temps était incertain, tantôt brievement ensoleillé, tantôt lourd et nuageux. J'étais sous pression, consciente qu'on n'aurait jamais le temps, en une après-midi, de faire le quart de ce qui s'imposait, et qu'il me faudrait donc revenir deux ou trois fois pour finir de préparer le terrain à l'hiver. Je ne relevais donc pas la tête, courant d'un massif à l'autre, taillant à tours de bras glycines, rosiers et arbustes, coupant les roses trémières et gerbes d'or fanées, désharebant, nettoyant, grattant. Où que je pose les yeux, il y avait quelque chose à faire...

 

Il incombait à Cher et Tendre la tâche de tailler les quelques thuyats masquant le stockage des poubelles. Or c'était sans compter sur son éternelle étourdie, qui lui fit oublier la rallonge électrique... Je l'envoyais donc à l'intérieur de la maison balayer les toiles d'araignées, et ne le voyant pas reparaître, ne m'en occupais plus.

 

Je venais de constater qu'on nous avait fauché deux boules de buis en pot (non mais... n'importe quoi, quand même...) lorsque je le vis se diriger vers le compost avec des tiges vertes dans les bras. Je lui courus derrière pour lui spécifier qu'il n'allait pas au bon endroit, que ce compost-ci était le mûr, et que c'était sur l'autre qu'il fallait mettre les déchets de l'année (on constate ici toute l'habitude qu'il a de l'entretien de ce jardin). Bref, en voyant qu'il portait des tiges de lierre, je me suis dit "tiens, c'est super, il a vu qu'il fallait tailler le lierre qui pousse un peu trop haut sur le mur de la maison, et celui qui rampe sur la route". Et puis c'est tout, je l'ai laissé à sa tâche et m'en suis retournée à mes occupations.

 

Il faut savoir que notre maison est une grosse et vieille batisse en briques rouges comportant en façade un sas d'entrée débouchant sur la rue, avec quelques marches encadrées par 2 piliers. Les murs du sas et les piliers étant fissurés et abimés - donc moches - la première chose que j'ai faite, début 2006, lorsque nous avons eu les clés de la maison, fut de planter à leurs côtés quelques beaux pieds de lierre d'Irlande destiné à les recouvrir et les protéger.

 

Je suis une grande fan du lierre, si résistant et si charmant avec ses petites feuilles persistantes, et excellent cache-misère qui plus est. J'ai toujours rêvé d'en garnir ma maison, donc 5 ans après mes plantations, j'étais très fière de ma belle façade rouge et verte, aux allures de manoir anglais. Le lierre recouvrait uniforfément le sas d'entrée et grimpait haut sur la façade, enjambait les murs d'encadrement des marches et venait "pleurer gracieusement par-dessus les piliers. Je soignais tout cela avec soin depuis des années, dégageant régulièrement les encadrements de fenêtre, de la porte, l'empêchant de masquer le numéro de la maison... Bref, je le maîtrisais et le canalisais discrètement et en douceur, et j'aimais beaucoup l'allure de l'ensemble. Je n'étais pas la seule, d'ailleurs.

 

Ayant besoin de l'échelle pour attaquer la taille de la glycine habillant le mur sud de la maison, je me suis rendu auprès de Cher et Tendre, sur la façade nord, pour voir si il en avait encore besoin. Et là, soudain, vision d'horreur qui me tord d'un seul coup les boyaux : il a tout arraché, tout coupé, tout massacré, tout gâché...Mon joli lierre git, en tas, par terre. Les murs du sas d'entrée sont complètement à nu et tous piquetés. De même que les piliers. Les quelques pauvres tiges isolées qui restent sont taillées inégalement loin sous les fenêtres, et "baillent" ridiculement.

 

J'ai à peine le temps de porter la main à ma bouche pour étouffer un cri, que les larmes jaillissent.

 

"Oh non !... Oh non !... T'as pas fait ça... T'as pas pu faire ça... Oh non !... c'est pas possible..."

 

Je pleurais comme une madeleine, et pas à moitié : les grandes eaux ! J'étais attérée, submergée, anéantie.

 

Il a fait un geste vers moi, étonné, désolé, et je me suis enfuie en courant pour ne plus voir ce carnage, ce désastre.

 

Je pleurais, je pleurais, je pleurais. De plus en plus, et de plus en plus fort. Je ne voyais plus rien. Les enfants ont tous levé le nez de leur ouvrage et m'ont regardée passer avec surprise. Maman ne pleure jamais, c'est un fait établi pour eux, et surtout pas pour quelques bouts de lierre malencontreusement arrachés du mur d'une maison où on ne vit même plus...

 

Moi-même je n'ai pas compris ce chagrin qui me tombait dessus avec une telle force, alors que la journée se passait bien, et que je me sentais si heureuse ces derniers temps. Oui, c'est sûr, j'aimais mes murs garnis de lierre. Oui, Cher et Tendre venait de détruire en une heure le résultat d'un lableur soigné de plusieurs années. Oui, cela me faisait mal au bide de voir ces murs mis à nu et la façade défigurée pour plusieurs années. Et oui, j'ai mal au coeur de quitter ce jardin si beau, si riche de souvenirs, que j'ai conçu de toutes pièces et où j'ai mis tant d'énergie et de temps. Mais de là à pleurer ainsi toutes les larmes de mon corps, je suis preplexe, vraiment !!

 

Car impossible de m'arrêter : même à l'abris des regards, même refugiée auprès de mes chers grands arbres, le flot n'a pas voulu se tarir. Pire, il ne cessait de s'amplifier, encore et encore. J'arrivais à peine à respirer sous la violence des sanglots, j'étais un vrai torrent de larmes.

 

A moitié noyée dans ce tourbillon de chagrin et de douleur, j'ai senti soudain que Cher et Tendre était là et qu'il essayait de me prendre dans ses bras. Ce qui était risqué, car il avait toutes les chances que je me débatte et le repousse violemment, et il le savait. Il sait que je honnis les larmes, et que je ne supporte pas qu'on me voit dans cet état. Mais il faut croire qu'il se sentait trop coupable (et il l'est !!!!) pour me laisser seule avec ma peine, quel qu'en soit le prix (ce qui est tout à son honneur, et m'a retenue de le rejeter avec rage). Le fait est que jamais je ne craque ainsi, et il y a de quoi être effrayé : moi-même, je me suis fait peur ! En temps normal, je lui aurais crié dessus, il aurait été vexé et se serait défendu, et puis j'aurais reconnu ma part de faute, je me serais maudite de lui avoir fait confiance et j'aurais ravalé ma rancoeur - inutile, maintenant que le mal est fait - et attendu que la colère passe, en me promettant qu'on ne m'y reprendrait plus.

 

Mais là, pourquoi ce chagrin immense, violent, inextinguible ?...

 

Ce premier épisode de larmes, une fois calmé, fut suivi de plusieurs nouvelles vagues, déclenchées sans cause apparente. J'ai passé le reste de l'après-midi à pleurer et à renifler lamentablement, en fait. Sans cesser pour autant de travailler : j'ai dû notamment me faire violence pour aller finir ce qu'il avait si maladroitement commencé, à avoir tailler le lierre qui rampait jusqu'à la route et celui qui poussait haut vers le toit. Lui ramassait les monceaux de mes chères tiges injustement massacrées pour les mener à leur dernière demeure, penaux et contrit, et j'évitais de le regarder.

 

J'ai aussi dû prendre sur moi aussi pour conduire la camionnette et la remorque remplie de bois sur le chemin du retour (Môsieur ramenait sa moto), alors qu'un mal de crâne énorme me barrait le front, et que la fatigue m'écrasait au point que je n'aspirais plus qu'à m'écroûler dans le sommeil.

 

Non mais, comme dirait Père, a-t-on idée de se mettre dans un état pareil ?!

 

Néanmoins, la musique aidant, j'ai moins pleuré sur le trajet, et une fois à la maison ça allait un peu mieux : suffisamment en tous cas pour arriver à faire taire Cher et Tendre avec agressivité (ah, chère chère agresivité) alors qu'il tentait de remettre le sujet du lierre sur le tapis. Ah non, pitié, qu'on ne m'en reparle plus.

 

J'avais très froid, alors j'ai fait du feu dans la cheminée. Je me suis planquée sous le plaid, sur le canapé, et j'ai pu enfin me laisser tomber dans le sommeil.

 

Demain, ça ira mieux.

Par Plume - Publié dans : ???
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