Parenthèse corse (partie 1)
Eté 2008
Si le voyage est bien une vie en soi, les perceptions que l'on en a n'en dépendent pas moins du contexte dans lequel il s'effectue, c'est-à-dire de ce qu'était notre vie avant, et ce qu'elle fut après… Aussi ai-je mis par écrit ce petit voyage, à chaud, en débordant largement sur son contexte pré-départ et post-retour, afin de bien mettre en évidence à quel point il fut une pause bienvenue, une parenthèse thérapeutique.
L'impulsion
Lorsque ma belle-mère m'a proposé, en avril, de prendre les enfants en vacances pendant une semaine complète, cet été, j'ai accepté avec enthousiasme et décidé, dans l'instant, d'utiliser ces jours inespérés pour aller voir ailleurs si j'y suis et prendre un bon bol d'air, seule, loin d'ici, et au soleil tant qu'à faire…
J'avais alors vraiment besoin de bouger, de prendre le large, de me changer les idées, m'occuper un peu de moi-même. L'année scolaire s'achevant ayant été particulièrement… Comment dire ?... plutôt dense… éprouvante à de nombreux niveaux.
Neuf mois auparavant, en partant pour les USA avec mon mari en tour organisé, j'étais admirative devant des baroudeurs croisés à l'aéroport, portant sac au dos et arborant de splendides marques de "bronzage chaussette" sur les mollets. "Voilà à quoi j'aimerais ressembler, si j'étais un homme célibataire", écrivais-je alors. Pour moi c'était évident, à cette époque : du moment que j'étais femme, mariée, et mère qui plus est, partir me balader toute seule sur un coin de Terre, en toute liberté, même rien que quelques jours, même pas très loin, était juste inimaginable. Et puis, en quelques mois, il s'est passé pas mal de choses : des bonnes et des mauvaises. Le lot de tout un chacun. Du coup, ça a un peu bougé dans ma tête aussi : j'en ai eu assez de la peur inculquée par les autres, assez de mes préjugés débiles, de mes jugements hâtifs, assez de mes ignorances, assez de mes excuses à deux balles pour renoncer à certains rêves.
Alors, j'ai commencé à ouvrir un peu mes yeux et mes oreilles au monde que je boudais ostensiblement depuis toujours : j'ai consulté des carnets de voyage, lu un peu de littérature sur ce thème aussi, et j'ai été stupéfaite autant qu'atterrée de constater à quel point je ne sais rien de la terre sur laquelle je vis, que je me suis satisfaite de cette ignorance pendant tant d'années, et que, avec la même inertie, tant de gens s'en contentent placidement autour de moi. Il y a tellement de lieux, de pays, de villes dont j'ignore l'existence, la localisation, le nom, les conditions de vie, les paysages, le climat, l'histoire, la culture... Tant de choses à voir, tant de différences à découvrir… Je ne sais rien, le peu que je crois savoir est probablement faux, et je ne mesure même pas tout ce à côté de quoi je passe. Tant d'égocentrisme, d'immobilisme et d'indifférence envers la planète qui m'abrite et me nourrit, quand même, c'est flippant. Ca m'a retournée comme une crêpe... Et maintenant, me voilà insatiable. A ce rythme, mon pauvre mari – qui, lui, s'informe beaucoup sur le monde mais n'éprouve pas spécialement le besoin d'aller voir comment ça se passe sur place - va sûrement devoir m'accompagner (ou non), à terme, dans des voyages qu'il n'aurait jamais imaginé faire.
Dans la foulée, j'ai commencé à changer mon fusil d'épaule à propos de tout un tas de vieilles idées et de convictions obsolètes qui avaient bien besoin d'être dépoussiérées et reconsidérées sous des jours nouveaux, voire carrément balancées à la poubelle. Entre autre, je me suis prise à re-croire que rien de m'obligeait à renoncer à quoi que ce soit, que tout était question de volonté, et surtout de priorité.
J'ai dit à mon mari : "Cet été, je pars". Ca ne l'a pas enchanté au premier abord, mais il n'avait rien contre, et il nous connait bien, moi et mon "besoin d'air" si souvent frustré par les nécessités de notre vie quotidienne et le poids de la famille au sens large du terme, et l'une de ses priorités à lui est, par chance, le plein épanouissement de sa femme (il faut convenir qu'il a tout à y gagner, et il est assez intelligent pour savoir qu'en me laissant libre, il m'attache un peu plus à lui…). Alors il a dit "C'est bien, vas-y !".
J'ai dit à ma famille "Cet été, je pars !". Mon père a levé les yeux aux ciels en me gratifiant d'un : "t'es marteau", ma mère était dubitative, ma première sœur s'en foutait, mon frère était perplexe, ma deuxième sœur a applaudi, et ma troisième sœur m'a demandée : "Je peux venir avec toi ?" et j'ai dit oui, avec enthousiasme, sans réfléchir. Partager ce petit voyage avec elle serait une façon de nous dire au revoir en beauté : elle part fin août vivre un an aux Etats-Unis…
On a fait le tri de nos envies de destination : pas trop loin pour pouvoir n'y aller qu'une semaine, et pas trop cher tant qu'à faire. On voulait de beaux paysages, pouvoir camper, et moi je voulais marcher… beaucoup marcher. M'en mettre plein la vue, vivre dehors et me défouler (que ce soit sportif, donc)... Bref, faire tout ce dont j'ai été privée lors de mon dernier voyage (ce qui m'avait intensément frustrée) !!
Elle a proposé les fjords de Norvège et moi la Corse et le GR20, Eldorado auquel je rêve depuis que j'en ai entendu parler, en faisant mes premiers pas sur un chemin de rando du parc des Ecrins, il y a 20 ans maintenant… 20 ans… C'est aussi l'âge que va avoir ma sœur… 20… justement. J'ai cherché des infos et recensé des arguments pour faire peser mon idée dans la balance. Adjugé : ce sera la Corse. J'en étais folle de joie d'avance.
Nous étions alors en mai et prévoyions de partir début août. Mère au foyer depuis des années, à m'occuper de ma progéniture, je bossais alors à domicile pour un magazine de loisirs créatifs : un boulot précaire trouvé sur un coup de chance que j'aimais beaucoup, auquel je consacrais beaucoup de temps et d'énergie, et bienvenu financièrement, évidemment, mais venais de me voir refuser l'embauche promise un an auparavant, pour des prétextes fallacieux… avais réagi assez violemment, avec une rage à la hauteur de ma désillusion, et sentais bien que je ne tarderai pas à être éjectée du circuit à la première occasion. Aussi me suis-je hâtée d'acheter mon billet d'avion et une tente bivouac, avant que ne se profilent des temps de vaches maigres et leurs lots de restrictions et de scrupules… Quoiqu'il arrive, de toute façon, je pars.
Pour le reste du matériel, aucun problème. Seule hésitation : les chaussures. Lesquelles feront partie du voyage, d'entre ma vieille paire de montantes achetées en 1989 (j'avais 13 ans), au bout du rouleau et sûrement plus du tout imperméables, mais parfaitement faites à mon pied et sur lesquelles je sais pouvoir compter quelles que soient les difficultés du terrain, ou ma paire de neuves, achetées l'année dernière sous la pression familiale, que je n'ai pas encore bien eu le temps d'adopter ?...
... Dilemme léger et inconsistant, totalement vain et inutile, uniquement destiné à me vider la tête en amont du voyage et me donner prétexte à y songer par avance…
Même si cela aussi est probablement vain et inutile, j'attends beaucoup de cette petite escapade. J'ai pas mal d'inquiétudes collées à mes semelles à racler sur les arrêtes granitiques des sommets pour alléger mes pas, quelques chagrins récalcitrant à évacuer dans l'eau des torrents, pas mal de rage à user dans l'intensité d'un effort légitime, nombre de mes rancœurs et mesquineries débiles à piétiner sans ménagement, quantité de questions sans réponses à jeter au vent. Bref, je compte bien m'aérer la tête, me réchauffer le cœur et le corps au soleil, décharger et user ma colère dans les efforts du parcours et les saines fatigues de la vie au grand air.
Je compte sur les beautés de là-bas pour anéantir toute trace de lassitude, me rassasier et m'aider à rattraper certains rêves, raccrocher des wagons laissés en rade sur les voies de cette vie qui file, qui file, si vite… Reprendre le souffle qui m'a si souvent manqué ces derniers temps. Refaire le plein de patience, et de confiance aussi…
Et puis, surtout, surtout : prendre un grand bain de nature, de grand air et de silence, et en jouir pleinement, tout simplement.
Voilà… Un tout petit voyage, rien qu'une petite semaine de marche solitaire (ou presque) sur ce mythique chemin de montagne, sur une île si proche et si touristique… Rien d'original ni de très excitant j'imagine, pour tous ceux qui partent au long cours (et loin), animés de grandes idéologies. Je m'offre juste un peu de temps rien que pour moi : une semaine loin des enfants, loin de mon mari, loin de la maison et de l'ordinateur (vecteur de quasi toute ma vie sociale), loin de la famille et de la belle-famille, une semaine de rupture du quotidien et d'immersion dans tout ce que j'aime. Pas si loin, d'ailleurs, je ne quitte même pas la France !... Bah… Quitte à apprendre à nager dans ce vaste monde, autant commencer par le petit bassin, là où j'ai encore pied !… Et puis dans le fait de partir, ce n'est pas la distance qui m'importe pour l'instant, qu'elle se mesure en kilomètres ou en choc des cultures, mais uniquement la beauté du lieu que je m'en vais découvrir…
Evidemment, toute folle que j'étais à l'idée de ces quelques jours de liberté, pas une seconde je n'avais imaginé qu'il serait difficile de la partager, aussi grande fut-elle, avec quelqu'un qui en était aussi avide que moi, à savoir : ma petite sœur. De 12 ans ma cadette, elle est la petite dernière de la grande fratrie dont je suis l'aînée. Enfant (plutôt) gâtée par des parents (plutôt) usés par des années d'éducation stricte et moraliste, sûre d'elle jusqu'à l'arrogance parfois, elle n'a pas l'habitude qu'on la contrarie (et moi, si je l'ai d'avantage, je n'aime pas cela pour autant). Elle a passé ses années de lycée à travailler comme une folle pour décrocher un bac scientifique avec mention "très bien", puis a passé son été à travailler comme une folle pour passer le concours d'entrée d'une grande école, qu'elle a eu, et puis depuis deux ans elle travaille comme une folle pour être en tête de sa promo. Elle est troisième cette année, et part pour un an vivre aux US, comme je l'ai dit. Depuis quelques temps, la pression se relâchant, elle a été rattrapée par le temps et a sombré en pleine crise d'adolescence, harcelée par les classiques : "Qui suis-je ?" "Où vais-je ?" "Tout ce que je croyais inamovible pendant mon enfance a ou va changer…" "La vie, c'est dur…". Etc, etc.
Je pensais, honnêtement, que ce voyage lui ferait, autant qu'à moi, le plus grand bien, et que, même si nous sommes très différentes, toutes les deux, notre bonne entente perdurerait là-bas sans problème. Or – j'aurais dû le savoir - nous nous ressemblons trop par ailleurs pour que tout se passe sans heurts : nos velléités d'indépendance respectives – très fortes – se sont régulièrement entrechoquées en provocant des étincelles... Certes pas assez pour que cela nous gâche le voyage, mais suffisamment pour que je regrette, à certains moments, de n'être pas partie seule… ou que j'imagine la pousser discrètement dans un ravin…
J'ai, pendant ces quelques jours, fait l'impasse totale sur mes soucis divers. Entre autre, comme je m'y attendais, me voilà officiellement "virée" de mon job depuis mi-juin, sans indemnités ni droit au chômage compte tenu de mon ex-statut d'auteur, devant un avenir professionnel plus que flou et un budget familial étranglé… Soit, prenons les choses du bon côté : n'ayant plus de boulot, j'ai donc tout le temps de profiter de mes vacances sans stress !… Je m'en vais marcher, les soucis matériels, familiaux, d'avenir… attendront mon retour. Et puis non, ils attendront même carrément la rentrée !…
Les jours d'avant
Le contraste permet de mieux apprécier les choses, c'est un fait, et je l'apprécie toujours, quel que soit le domaine. Il démultiplie l'intensité des événements, des saveurs, des plaisirs, des joies comme des peines. Bref, il donne du piment au vécu.
C'est le contraste entre l'avant et l'après de mon petit périple qui l'a rendu si… précieux… magique… salvateur… Qui m'a donné envie de le nommer "parenthèse".
J-20
Recevons 30 personnes à la maison pour l'anniversaire de mon mari : la famille, les amis… Je suis à bout de nerfs depuis des semaines. N'ai envie de voir personne, mais je prends sur moi, pour lui, comme souvent, et tente de faire de mon mieux pour que la soirée soit un succès... Ai cuisiné pendant trois jours, rangé et nettoyé la maison de fond en comble, intérieur et extérieur, préparé les chambres pour loger 8 personnes, fait un effort vestimentaire (ai mis une robe), me suis préparée psychologiquement à l'invasion et scotché un indéfectible sourire sur la figure. Pendant la soirée, je n'échappe pas à la migraine et encaisse les réflexions : ma sœur me trouve, texto : "fringuée comme un sac", mon père râle qu'on n'a pas idée d'assoir ses invités sur des bancs, mon beau-père me tanne pour sortir en boîte, ma belle-sœur tire une tronche de dix pieds de long et semble attendre que je me soucie de ses états d'âme (que je connais déjà), mon mari verse sa petite larme en recevant sa flûte traversière et les partitions… de la BO de Star Wars (…Noooooonnnn... pitié, pas encore Star Wars !…) Bref, une joyeuse soirée familiale avec rien de nouveau sous le soleil, achevée sur les coups de 3h du mat par une heure de vaisselle en duo dans la cuisine... Suis vidée, littéralement. Ai donné tout ce qui me restait d'énergie, de patience et de sociabilité. Y'a pas, ces derniers temps, je suis incapable de m'amuser et je ne supporte plus rien ni personne. Je carbure au cynisme, à l'exaspération et à l'intransigeance.
J-6
Rentrons des Vosges où nous venons d'achever 11 jours de camp scout, dans un bus aux soutes débordant de tentes canadiennes, cantines à popote, sacs à dos pleins à craquer, bâches, malles de froissartage, caisses à feuillées, etc., et où siègent 14 louveteaux de 7 à 11 ans, 11 scouts de 12 à 15 ans, 2 pionnières de 17 ans, 5 compas-chefs-stagiaires-BAFA de 18 à 20 ans, un intendant-chef-de-groupe, mon mari-chef-scout, nos deux petits derniers de 3 et 6 ans (en plus des deux autres qui font partie des précités), et moi, femme-de-mon-chef-scout-de-mari-ancienne-chef-jaune-et-actuelle-directrice-du-camp…
Soit 27 jeunes à encadrer, surveiller, encourager, consoler, réprimander, éduquer, faire jouer, faire chanter, faire marcher, faire manger ("Allez, goûte au moins…), à séparer, à réconcilier, à punir, à féliciter… 5 animateurs-stagiaires à encadrer, superviser, conseiller, encourager, évaluer, etc., mes deux derniers à surveiller, laver, coucher, soigner… Un projet pédagogique à faire respecter, de la paperasse à remplir, des consignes de sécurité à appliquer, un programme à tenir, des activités à organiser, des responsabilités à assumer, des bobos à soigner, des tiques à enlever, des courses à faire, des réunions à superviser, des phrases à répéter 10 fois, 100 fois : "Mets tes lacets", "Où est ton chapeau ?", "Vaisseeeeeellle !!"… et ma sœur, présente quelques jours pour donner un coup de main, qui m'inquiète : pleure le soir, parle peu, se traîne… est gavée d'antibiotiques depuis des semaines pour cause d'infection du rein, et notre mère qui appelle, affolée, parce que ses examens sanguins ont révélé que les saloperies qui lui polluent l'organisme résistaient à son traitement, et qu'elle doit en changer illico presto… Son voyage en Corse est, à cette époque, loin d'être gagné.
Au milieu de tout ça, on a marché, on a joué, on a visité des châteaux en ruine, on a construit des cabanes, on a chanté… Bref, c'était chouette. Chouette, mais fatiguant. Epuisant même… Mais je sais parfaitement pourquoi j'y suis, alors j'y reste, et j'assume, cramponnée à ma boîte de Doliprane… et avec enthousiasme, même, la majeure partie du temps !!
Une fois rentrée de camp, j'avais 4 jours pour souffler, c'est-à-dire – entre autre - laver le linge de 6 personnes, ranger le contenu des sacs et re-préparer les bagages, toujours pour nous 6, en vue d'un week-end mariage dans l'Aveyron, ainsi que mon sac de rando pour la Corse, car il est prévu que je parte directement de là-bas. Ne cherchez pas la logique de l'itinéraire, il n'y en a pas : il s'est construit au fil du temps, selon les diverses nécessités à concilier, les possibilités de transport, leurs horaires et leur coût…
J-2
Départ pour l'Aveyron. Nous roulons de 8h à 18h, au milieu du flot ininterrompu des vacanciers qui descendent dans le sud… normal. Le temps s'éclaircit au fur et à mesure que nous avançons vers le midi, le soleil brille… normal aussi. Les enfants sont relativement calmes. Dorment. Chantent, jouent à "ni oui ni non", rient… Les bons petits. C'aurait été plus facile de les quitter s'ils avaient été pénibles et grognons…
J-1
Jour de fête et de mariage, avec tout ce que cela comporte de charivari de jolies filles en grande tenue légère, de types goguenards étouffant sous leurs costards, de toilettes parfumées, de coiffures sophistiquées, de discussions insipides à tenir avec de parfaits inconnus qui empestent l'alcool et n'en ont rien à faire des questions qu'ils vous posent ni des réponses que vous donnez, d'efforts de sociabilité, de chants d'église guillerets, de klaxons déchaînés, de petits fours, de punch… d'ennui, de mal de tête… d'envie de creuser un trou dans un coin pour me planquer dedans.
Le matin du mariage, mon mari, sa flûte, mon fils et sa guitare sont mis à contribution pour répéter l'accompagnement des chants de messe. Pendant ce temps, je trimballe ma petite belle-sœur, ses crises de nerfs et ses caprices, enchaîne les allers-retours entre le gîte des beaux-parents, le nôtre et la maison des mariés pour qu'elle puisse se doucher, puis aller manger, puis revenir s'épiler, puis se faire son brushing – dans la chambre de mon petit dernier, privé par conséquent de sieste, vu qu'il n'y a que là que la prise est assez près du miroir – se maquiller, etc. Belle-sœur qui, dans sa grande mansuétude et son sens inégalé de l'esthétisme, se sent obligée de m'enjoindre pour la énième fois – alors que je roule, égarée (sans l'avouer, pour éviter de la stresser plus qu'elle ne l'est déjà) depuis 20 minutes, essayant de retrouver mon chemin au milieu des minuscules routes de cambrousse aveyronnaise – d'arrêter de m'habiller comme une ado, d'assumer mon âge et de changer de style, et, surtout (j'aurais pu le dire avant même qu'elle ouvre la bouche) : "VA BIEN FALLOIR UN JOUR TE COUPER LES CHEVEUX !!"…
Cause toujours, tu m'intéresses !!
Lui répondrais volontiers… un truc assez grossier, mais je retiens ma langue et continue à essayer de calmer ses angoisses en veillant, au moins, au bon déroulement de ses préparatifs corporels et vestimentaires très longs et ritualisés. Elle en est à la dernière touche de parfum lorsque, toute ma tribu étant fin prête, j'enfile ma bonne vieille "robe indienne" (dixit les enfants) et me tresse les cheveux en une natte un peu lâche. 5 minutes chrono pour le tout. Rencontre dans la salle de bain exiguë, d'une petite vamp teinte en corbeau, sophistiquée, accessoirisée, très maquillée, pailletée, satinée de rouge et noir, et d'une grande Pocahontas blonde sans fard ni bijou. Contraste… Nous sommes, chacune, le faire-valoir de l'autre !
Cérémonies. Mairie, messe. Passer inaperçue ou, à défaut, faire bonne figure. Avoir l'œil sur les enfants. Maîtriser les agacements du petit dernier (3 ans) qui est fatigué et s'ennuie… Vin d'honneur : les tonnelles croulant sous les petits fours et les saladiers de punch sont disséminées sur la pelouse de la maison parentale du marié. Il y a là près de 250 personnes, peut-être plus. J'échappe à la plupart des mondanités, sous prétexte de surveiller mon fils qui peut enfin se défouler et s'amuse comme un fou : il éclate les ballons en sautant dessus ou en les plantant carrément à la fourchette en hurlant de joie, court pieds nus après les petites filles en blanc (qui s'en montrent ravies), se goinfre de gâteaux et de jus de fruit, demande à faire pipi tous les 10 minutes : une chouette vie de môme, quoi.
J'ai – évidemment – un lancinant mal de tête, et envie de mettre les voiles loin, très loin. Les minutes se traînent lamentablement. Je m'accroche, pense à mon sac à dos qui attend dans le coffre de la voiture et passe le temps en observant les gens. Tiens bon, ma vieille, plus que quelques heures et BASTA !!… J'ai la chanson de Sardou dans la tête : "Je ne m'enfuis pas, je vole… comprenez bien, je vole…"
Et oui, il faut bien donner une petite dimension dramatique à l'événement, sinon ce n'est pas drôle…
Repas dans la salle des fêtes tendue de voile d'hivernage et papillotée de vert pomme. Foie gras, papillote de poisson. Premier jeu, mené par mon mari et ma belle-sœur (une autre). Le panier garni que nous avons préparé pour les mariés voyage à travers la salle, et s'arrête auprès de divers personnages qu'il faut découvrir parmi les convives : celui qui est le plus âgé… celle qui a la jupe la plus courte… au couple qui est marié depuis le plus grand nombre d'années… à celle qui a la plus longue chevelure…
Oups... J'en avale de travers. Bingo : ça c'est pour moi… Les traîtres !... "C'est elle, c'est elle !"… Evidemment… 120 paires d'yeux sont rivés sur moi et ma natte. Je vire au carmin, me lève courageusement, essaie de sourire, récupère le panier, bafouille trois mots dans le micro qui m'est tendu, fusille les organisateurs du regard (qui se marrent, tu parles…), puis transmets docilement mon butin à mon antagoniste : "celui qui a le moins de cheveux sur le crâne…". Pauvre homme…
23h
Ca y est, c'est l'heure. Je salue les radieux jeunes mariés, embrasse la famille survoltée. Regard torve de ma belle-sœur (qui s'est précipitée sur moi, à mon arrivée pour m'annoncer qu'on avait arrêté un violeur sur le GR9, qui sévissait depuis des années, me parle à nouveau des risques de terrorisme qu'il y a , "Là-bas", et voulait me faire promettre que je ne ferai pas de stop), regard envieux de mon beau-frère, féru d'escalade et de montagne : il en rêve, depuis si longtemps, du GR20 ! Qu'il continue de rêver, c'est essentiel, moi je n'ai pas que ça à faire, et j'y vais pour de bon. Et illico.
Banalités de la part des uns et des autres. Quelques dernières recommandations à mes beaux-parents qui embarquent demain les enfants pour une semaine en camping : "Pensez à leurs traitements et ne les perdez pas, c'est tout ce que je demande".
Je trouve mes 4 loupiots : l'un sautant pieds-nus en hurlant sur la piste de danse au milieu d'un troupeau d'enfants déchaînés, l'autre créant une œuvre artistique éphémère avec des ballons gonflés à l'hélium dans son coin, la troisième achevant consciencieusement son assiette de purée-poulet et la quatrième, manifestement encombrée de sa jolie robe, s'ennuyant à mourir et regardant les autres d'un air impénétrable (tiens donc…). Les serre bien fort et leur flanque de gros bisous sur les joues en leur disant au revoir, et d'être sages avec Papi et Mamie, et qu'ils ont de la chance d'aller camper une semaine, qu'ils vont être gâtés et que le temps passera très vite. Ils sont un peu indifférents, sauf ma puce de 9 ans, celle-là même qui clame toujours son droit à passer des vacances sans moi (notamment avec les scouts), qui, contre toute attente, fond en larmes et se cramponne. Mince. N'avais pas prévu ça.
Je sors sur le parking rejoindre mon mari qui a installé le petit dernier dans la voiture pour qu'il s'endorme. Ma fille en larmes sur mes talons. "Maman, je veux pas que tu paaaaaartes…". Flûte. Je la réconforte comme je peux, et puis finalement elle est grande : elle refoule ses larmes et retourne vaillamment au milieu des flonflons de la fête. Ouf. J'ai bien failli avoir des scrupules…
Nous roulons en silence, à travers la nuit, sur les minuscules routes tortueuses qui relient le patelin à Figeac. Je sors ma tenue de voyage qui attend dans un sac plastique : short, tee-shirt, chaussures de rando… Valsent la robe indienne et les chaussures à talon.
Ca y est. Je suis partie.
23h40
Au revoir, Cher et Tendre... Il n'est pas inquiet, ni fâché, ni triste. Juste fatigué. On sait bien, tous les deux, qu'il en faut plus pour nous éloigner l'un de l'autre que quelques jours de séparation. Il repart aussitôt pour ne pas risquer de s'endormir au volant comme notre fils qui roupille déjà profondément.
Je reste seule sur le quai, assise sur mon sac à dos, sereine. L'air est doux, c'est une calme soirée d'été. Je respire. Ca fait du bien… Quelques jeunes attendent le train en silence, perdus comme moi dans leurs pensées. Plus loin, deux filles se mitraillent avec leur téléphone portable, dans des postures diverses, en s'esclaffant.
23h57
Le train-couchette arrive sans être annoncé. Ma place est voiture 60. Evidemment, elle s'arrête juste devant moi. Je n'ai qu'à ouvrir la porte et grimper. Trouver ma couchette. Le compartiment est allumé, un type est allongé, en haut à droite. J'ai la couchette d'en dessous. Je pose mon sac et m'allonge aussitôt. Mettrai un bon moment à m'endormir : la perspective de ce type inconnu dormant – ou non - dans mon immmmmmense espace personnel, avec lequel je suis confinée pour la nuit, me perturbe un peu. A un moment, j'ouvre les yeux instinctivement, le temps d'entrevoir un visage penché vers moi, qui s'esquive et disparait aussitôt.
Et puis, un peu plus tard, un couple arrive, s'installe et éteint la lumière. Bercée par la petite chanson régulière de ce train qui file dans la nuit, délivrée de mon mal de tête, je sombre dans le sommeil.
J : Paris-Calvi
Arrivée à 7h à Paris, gare d'Austerlitz. Métro. Prends le temps de boire un thé, me rafraîchir et me recoiffer dans les toilettes. Pouffe devant le miroir : dans l'obscurité de la voiture, j'ai enfilé mon tee-shirt à l'envers, coutures apparentes, et je me trimballe comme ça depuis hier soir... Traîne un peu dans un Paris de dimanche d'août : désert… passe le temps jusqu'à midi. Rejoins la place Denfert Rochereau pour prendre l'Orly bus. Retrouve ma sœur à 13h à l'aéroport. Enregistrement, embarquement. Elle est sur les nerfs, car depuis des semaines mes parents lui mettent la pression et tentent de la dissuader de partir, notamment à cause de ses soucis de santé. Son infection est apparemment enrayée, maintenant, mais entre-temps elle s'est aussi fait opérer des dents de sagesse (cause départ aux US), vient d'arrêter les antibiotiques et sent comme une boule douloureuse dans sa gencive… Mes parents sont inquiets et doivent me maudire d'avoir une si mauvaise influence sur leur petite dernière, mais à cette heure cela ne me fait absolument ni chaud ni froid !
Paris-Marseille. Le temps se dégage. On devine la température extérieure aux ondoiements de l'air sur le bitume des pistes, mais impossible de goûter à la chaleur, cause inévitable climatisation. Croisons dans le bus qui nous mène à l'avion suivant, un type immense, peau mate et burinée, cheveux longs et gris, regard bleu perçant, qui observe tout le monde ostensiblement avec un aplomb et une sévérité qui m'impressionnent. Croise son regard et le soutiens fièrement. Hésitons tous les deux un instant, puis optons, comme d'un commun accord, pour sourire… A l'entendre parler avec son compagnon, j'apprends qu'il est corse… et qu'il a un caractère bien trempé !
Nous arrivons à Calvi à 18h. Calvi, minuscule aéroport qui nous accueille à même la piste, dans la chaleur estivale. Enfin !! J'ai froid toute l'année, alors j'apprécie intensément ce délicieux choc thermique… Toujours le contraste !…
Un chauffeur de taxi m'aborde, me propose 20 euros pour nous emmener jusqu'à la ville. Ici, pas de bus. Je refuse dans un sourire, lui explique que nous sommes venues marcher et que nous allons commencer tout de suite. Il n'y a que 7 km jusqu'au centre-ville…
Récupérons nos sacs, quittons l'aéroport et traçons la route. Le temps est splendide (et le restera toute la semaine). Premiers pas enthousiastes sur le sol corse. Je suis d'emblée saisie par une vague puissante d'odeurs chaudes et sucrées, merveilleusement suaves et enivrantes. Ca sent l'été, ça sent le soleil, ça sent les vacances, ça sent le bonheur et la liberté.
Nous levons le pouce. Le taxi de tout à l'heure nous dépasse en klaxonnant. Avons fait environ 300 m quand un couple de jeunes belges s'arrête et nous embarque. Je laisse ma sœur faire la conversation : elle fait ça si bien… et moi pas ! Trouvons un camping de suite ("camping international"), installons la tente, y laissons nos affaires et filons au centre ville. Quelques emplettes plus tard (il faut, entre autre, trouver une cartouche de gaz pour le réchaud puisqu'on n'a pu en emporter dans l'avion), nous dînons, assises sur les remparts de la citadelle, face à la mer et au coucher de soleil, de quelques fruits. Je me charge d'appeler nos parents pour les rassurer, leur promettre que "oui, je prendrai bien soin de ma petite sœur" et leur assurer que tout ira pour le mieux. Enfin, j'espère : ma sœur m'avoue qu'elle commence à avoir vraiment mal à la gencive, et que "c'est comment un abcès ?", et qu'elle n'a pas emporté ses antibiotiques pour le "cas où" (mais par contre elle a pensé au lait après-soleil… indispensable, ça, le lait après soleil…). Bref. J'inspecte sa dentition : pas d'abcès visible, juste une légère rougeur. Je suggère que nous attendions le lendemain pour aviser s'il faut voir un médecin, en fonction de son état.
Nous nous promenons dans les ruelles touristiques de Calvi. Odeurs de cuisine, foule bruyante et bronzée déambulant entre les boutiques de souvenirs, d'articles de plage, et les restaurants. Je croise un regard fier surplombant la foule, que je reconnais de suite : le grand corse de l'avion, qui me salue d'un grave mouvement de tête. Un duo de jeunes joue du jazz devant une épicerie, à la guitare et la contrebasse. Je savoure sans modération. La vie est belle… et ce même si, à la terrasse d'un restau, qui me reconnait à mes cheveux (je l'apprendrai plus tard), se trouve… le frère de ma belle-sœur… Ah, cette famille !…
Fin de soirée les fesses dans le sable ou les pieds dans l'eau, à profiter de ces valeurs sûre que sont la plage au crépuscule, l'odeur de la mer et le ciel étoilé, puis nous rejoignons la tente. Je renonce à me doucher - au grand dam de ma sœur qui désapprouve avec véhémence - car pas envie de croiser, dans les sanitaires, toute la bande des jeunes qui picolent dans un joyeux bazar. A peine endormie, suis réveillée par de la musique : une guitare, toute proche, joue "Asturias" avec habileté et douceur, puis enchaine sur du jazz manouche. J'écoute un bon moment en me replongeant dans les souvenirs des mois passés, avant de sombrer définitivement, portée au pays des rêves par d'envoûtantes mélopées tsiganes...
J+1
Me lève aux aurores, incapable de subir d'avantage l'étroitesse oppressante de la tente, et découvre une contrebasse soigneusement emballée dans une couverture, posée sur le sol. Je suppose que les jeunes que nous avons vu jouer hier logent ici… Et peut-être est-ce eux aussi qui m'ont si gentiment bercée cette nuit ?
Je profite du lever de soleil sur la montagne et d'une délicieuse douche dans des sanitaires déserts et fraîchement nettoyés. Premier petit dèj prélevé dans les deux kilos de nourriture que je trimballe pour toute la semaine : biscuits, sachets de thé, soupes en poudre, pâtes, riz, semoule, barres de céréales. Je houspille un peu ma frangine pour qu'elle se lève et qu'elle s'active : sa particularité – depuis toujours - est d'être systématiquement en retard et particulièrement… hum… comment le dire gentiment ? Désordonnée ? Non, ça n'est pas suffisant… Bordélique est plus adéquat. Du coup je prends les devants, par habitude... Et comme d'habitude, je l'attends… Elle met un temps fou pour se préparer et ranger son sac. Tout y est stocké dans des petits sachets qu'elle étale partout autour d'elle, range, ressort, re-range… C'est marrant comme on ne fonctionne pas du tout pareil !
Je m'enquière de l'état de sa gencive : aucune évolution. Pas vraiment de douleur, juste un inconfort. OK, donc on part.
8h25 : le train démarre et nous sommes dedans. Il s'agit d'une micheline toussotante et hoquetante qui nous mènera à Vizzavona, via Ponte Leccia, en 3h30. Nous commençons par longer la côte : villages de pierre ocre, maisons ornées de bougainvillées, bignones, lauriers en fleurs, paysages méditerranéens, couleurs chatoyantes sur fond de mer bleu profond. Puis, nous nous enfonçons à l'intérieur des terres, serpentons à flanc de montagnes couvertes de forêts, à peine ponctuées de-ci de-là par de rares et minuscules villages perchés. A Ponte Leccia, on manquera louper la correspondance : au moment de monter dans le train : plus de frangine… disparue… envolée… J'appelle, je courre… et la vois sortir tranquillement des toilettes. Je l'attrape et nous sautons dans le train : c'était moins une…
Il y a là des vacanciers de tous âges et de tous styles : jeunes couples, parents avec enfants et bagages, couples de retraités, bandes de copains… Quelques sacs à dos pleins à craquer trônent dans les coffres à bagages.
Nous arrivons à Vizzavona à midi passé. Ma sœur refuse de me croire lorsque je lui dis qu'il n'y a pas d'autre centre ville que la minuscule placette où nous nous trouvons. Elle apostrophe un couple : "de quel côté se trouve le centre-ville, s'il vous plait ?". Et le couple de lui répondre en souriant : "Vous y êtes, Mademoiselle…". Délectable stupéfaction de ma cadette.
Près de la gare, tombons sur un panneau indiquant une source à 50 m en contrebas. Nous installons au bord de l'eau et sortons le réchaud pour un premier repas. J'aime les cours d'eau de montagne. C'est un spectacle dont je ne me lasse jamais, et ce premier thé dégusté assise sur un rocher, au milieu de la forêt, sur fond sonore de gargouillis, chuintements et murmures d'eau claire est un pur ravissement, et ce malgré les nombreux moustiques qui, pour une fois, me délaissent un peu pour s'acharner ostensiblement sur ma sœur…
Ayant repéré le bivouac (gratuit !) où nous passerons la nuit, nous déposons les sacs à dos dans le restaurant jouxtant la gare et filons faire nos premiers pas sur le GR, une mise en jambes qui nous mène droit à la cascade des anglais, à travers la forêt envoûtante. Nous longeons le ruisseau, croisons des vaches en balade, profitons du calme et de la sérénité des lieux, puis découvrons une succession de petites cascades tombant dans des vasques plus ou moins profondes, formant toboggans et piscines naturelles. L'endroit est déjà bien peuplé, aussi montons-nous assez haut avant de trouver un coin sympathique (= relativement à l'abri d'autrui) où nous poser. Me sens un peu décalée dans mon maillot de bain bien couvrant de nageuse-trentenaire-blanche-comme-un-cachet-d'aspirine, à côté de ma jeune-et-bronzée-sœur-en-bikini-sexy… Mais il n'y a pas foule pour apprécier ce contraste-là (pourtant saisissant), et j'en profite pour goûter avec délices à l'eau – très fraîche - de la cascade, me plaquant à la roche, encaissant, le souffle coupé, la violence des flots glacés qui me dégringolent sur la tête dans un boucan d'enfer, puis plongeant avec délice dans une jolie piscine naturelle. L'eau est si claire, si limpide... Donne envie de la boire jusqu'à la dernière goutte. Je ne m'en prive pas, d'ailleurs. Nage en plein bonheur. Pendant ce temps, ma sœur expose son joli nombril aux rayons du soleil, étalée sur un rocher brûlant.
Nous passons l'après-midi à marcher, nous baigner et nous détendre. Pendant que ma sœur se fait cuire au soleil, je m'installe à l'ombre des arbres pour commencer le seul livre que je me suis autorisée à apporter (cause restrictions de poids !), et que je vais donc essayer de savourer lentement, petit bouquin de circonstance s'il en est : "De la marche", de Thoreau. Je m'octroie même une sieste, divine, luxe suprême. Allongée à l'ombre des arbres qui bruissent doucement, me délectant de la quiétude de l'instant, je songe en riant intérieurement aux litanies des sophrologues : "Vous êtes bien… Vous êtes détendu… Imaginez que vous êtes dans un endroit calme… Un endroit plein de sérénité… Vous sentez la chaleur du soleil qui brille… Vous percevez le souffle de l'air sur votre peau… Vous entendez le bruit de l'eau du ruisseau qui coule tout près… vous entendez le chant des oiseaux… Ecoutez le vent dans les branches… Laissez-vous aller… Vous êtes bien… Vous êtes détendu…"
… chut…
J'ai beau chercher ce que l'on pourrait ajouter à la scène pour qu'elle soit parfaite : il ne manque rien.
Durant tout mon séjour, ces quelques jours bénis, j'aurais ainsi en permanence à sensation de me nourrir de "bouchées parfaites" : chacun de mes sens et de mes besoins étant satisfaits dans la densité de l'instant. Mieux que satisfait même : comblé, enchanté, ravi… Pourquoi me suis-je privée de cela si longtemps ?
Sur le chemin du retour, en se penchant au dessus d'un énorme rocher, ma sœur, dans un "Non !" désespéré, laisse échapper son petit sac à dos de balade… qui, imperturbable, continue sur sa lancée, roule tranquillement… et "plouf !", atterrit dans une vasque… Je quitte mes fringues (le maillot est dessous) et plonge pour le récupérer. Le sac flotte, débonnaire... Néanmoins, il a suffisamment pris l'eau pour que le téléphone portable qu'il contenait en prenne un coup : dorénavant, il n'en fera plus qu'à sa tête… Un de plus…
Nous grimpons au col de Vizzavona, puis redescendons récupérer nos sacs, gagnons le bivouac où je tâche de planter les sardines dans la caillasse dense du sol. Il y a déjà du monde : des jeunes en bandes, bandes de filles, bandes de garçons, que l'on distingue essentiellement par le timbre de leurs rires, des couples, jeunes ou plus âgés. Des gens qui viennent de la partie nord et y ont acquis la jolie marque de "bronzage chaussettes" de mes rêves, et d'autres, plus pâlots, plus uniformes, qui ont l'air de commencer leur parcours ici, comme nous… Certains se serrent à deux dans de minuscules tentes bivouac qui m'évoquent des cercueils… Perso, serais vraiment trop claustro là-dedans. Déjà que dans la mienne, je dois laisser la porte ouverte pour supporter l'impression d'oppression… (En fait, compte tenu du temps, j'ai souvent été tentée de dormir à la belle étoile, plutôt que subir l'enfermement et le confinement de la tente, mais un truc tout bête m'en dissuadait : la crainte un peu puérile de me faire réveiller par la truffe humide d'un cochon…)
J'ai un souci ! Un truc ballot : j'ai finalement décidé d'opter pour la fidélité et de m'offrir un dernier trek avec mes vieilles chaussures de rando, celles-là même qui ont accompagné toutes mes pérégrinations pédestres depuis 19 ans maintenant, mais comme les lacets me paraissaient fatigués, je les ai changés avant de venir. Or les nouveaux ne tiennent pas la distance : les œillets métalliques rouillés ont eu raison d'eux en une journée… Je fais des nœuds, rafistole comme je peux, et me lance à la recherche de lacets de rechange. A l'épicerie d'à côté de la gare, on trouve du saucisson, du fromage corse, quelques fruits, de la salade en boîte, du petit ravitaillement… Mais pas de lacets. J'évoque la possibilité de prélever des bouts de tendeurs sur la tente, lorsque l'épicier, corse pure souche si l'on en croit son accent, me dépose sous le nez, l'air impénétrable et sans mot dire, un petit tas de ficelle jaune pétante. Il y a de quoi y couper deux lacets. Je lui aurais volontiers sauté au cou… s'il n'avait été aussi austère que moi !! Me voilà donc avec un signe distinctif très original et très voyant : des lacets jaunes flashy !!
Ce soir, pas de guitare pour nous endormir : pendant que le jour tombe, nous prenons le frais en observant les allers et venues des uns et des autres, qui avec sa brosse à dent, qui avec un rouleau de PQ, qui avec une bouteille de bière…
L'ambiance entre nous est assez tendue. Probablement à cause de bêtises que j'aurais faites ou dites sans m'en rendre compte, pour changer… D'un seul coup, elle prend très mal une vanne sur son féroce appétit (que j'aurais mieux fait de garder pour moi, c'est vrai quoi, quelle sale manie de la ramener à tort et à travers, en appuyant de préférence là où ça fait mal !…). Elle est furax, et me sort, en me regardant droit dans les yeux avec son air le plus exaspéré : "Anne, tu commences vraiment à me gaver…".
Déglutition crispée de ma part.
S'ensuit une discussion murmurée d'au moins deux heures, pendant lesquelles je présente mes excuses, on s'explique, j'écoute ses angoisses existentielles, tâche de lui expliquer les difficultés de la communication interpersonnelle et la fais rire suffisamment pour qu'elle s'apaise et s'endorme… ouf.
J+2
Suis réveillée par les bruits de ceux qui plient déjà bagage, à la lumière des lampes frontales, alors que le jour n'est pas encore levé. Je sors, définitivement trop mal à l'aise pour rester à étouffer dans cette micro-tente, et attends un moment avant de réveiller ma sœur qui dort profondément, avec ses boules Quies, ce qui n'est pas une mince affaire : j'ai, par le passé, essayé divers moyens de la tirer du sommeil, et ai déjà échoué à plusieurs reprises !! Si je ne fais rien, on est là jusqu'à midi…
Le petit dèj expédié, la tente repliée, les sacs à nouveau bien tassés, nous nous lançons sur le GR d'un pas vaillant, en direction de notre première étape : le gîte d'E. Campanelle…
Pas de grandes difficultés pour les 13.5 km à parcourir aujourd'hui. Nous traversons des bois, cheminons à travers divers paysages plus enchanteurs les uns que les autres. Croisons des ruisseaux, des touffes d'hellébore énormes, des fleurs jaunes (un genre d'achillée) qui attirent les papillons, des hêtres, des aulnes, des pins laricio, imposants, majestueux, dressés fièrement vers le ciel ou couchés au sol au milieu des rochers et des fougères, jetés à terre par un coup de vent ou de foudre et exhibant de fascinantes racines tortueuses, grisées et polies par le temps, véritables sculptures naturelles de toute beauté. Ma sœur a l'air en grande forme et avance à un bon rythme. Elle cavale, même, entre deux arrêts pipi (pour ses reins, elle doit boire 4 L d'eau par jour…) et est aussi enthousiaste que moi !! Tant mieux !!
Suis d'emblée stupéfaite par l'enivrante et exaltante moisson d'odeurs que nous offre le chemin. Odeurs de miel, de résine, de poussière, de pins chauds cuits au soleil, parfums verts des touffes de fougères, fragrances sucrées indéfinissables, effluves suaves et entêtantes… Je me régale,L es odeurs changent très vite, en fonction du terrain sur lequel nous marchons, de la végétation, de l'ensoleillement, en fonction du vent… Elles font parties intégrante du plaisir de la marche, et s'inscrivent profondément dans ma mémoire, comme tant d'autres…
Nous goûtons aux premiers efforts, aux premières douleurs : ma sœur a quelques ampoules et les épaules sciés par les bretelles du sac à dos. Pour ma part, ce sont mes muscles dorsaux qui souffrent (le premier soir, ils ne seront plus qu'une barre dure et douloureuse). Pourtant, nos sacs sont relativement légers : 13 kg pour moi avec deux kilos de nourriture, la tente, la popote et deux litres d'eau. Celui de ma sœur doit faire dans les 11 kg (dont 4 kg de nourriture !). Là, j'ai peut-être fait une erreur stratégique : nous avons pris les sacs de moyenne rando (50 L) que mes deux ainés utilisent en scoutisme, car ils sont très légers et bien pensés, mais ils s'avèrent finalement limités pour l'usage que nous en faisons : la ceinture ventrale est mince et nous abîme les hanches, le manque de renforts rigides dans le dos se fait sentir au niveau des épaules… J'ai bien un autre sac, pour grande randonnée celui-là, mais il pèse près de 2,5 kg à vide, alors à force de lire les recommandations d'autres randonneurs sur les forums : "Surtout, allégez-vous !!", j'y ai renoncé... Bref. Donc nous commençons à "chauffer". Par chance, la majeure partie du trajet s'effectue en sous-bois.
Premiers sommets atteints, en plein vent et en plein soleil, premières vues à couper le souffle... Magnifique ! Tout simplement magnifique. Enfin, c'est comme ça que je le dis, moi, très classiquement. Ma sœur, elle, ne jure que par de redondants "Enormissime"…
Le soleil cogne fort. J'apprécie mais transpire comme cela m'est rarement arrivé. Suis d'autant plus reconnaissante envers le vent qui souffle généreusement dès que nous arrivons sur les hauteurs, et nous rafraîchit délicieusement en même temps qu'il charrie mille parfums goûteux. J'aime le vent et j'ai particulièrement apprécié qu'il nous accompagne toute la semaine : grâce à lui nous n'avons jamais souffert de la chaleur (températures annoncées : entre 31 et 36 °C). Il faut convenir aussi que je suis plutôt un animal à sang froid et qu'il m'en faut beaucoup, de la chaleur, pour me faire souffrir.
Sur le chemin
Il en sera ainsi chaque jour de marche : des efforts, de la sueur et quelques douleurs sont le prix à payer pour un spectacle permanent, étonnamment varié et toujours d'une magnificence dont le regard ne peut se lasser. Nous riions souvent en citant, lors de passages éprouvant ou délicats, des extraits de divers guides que nous avons pu feuilleter, dont, entre autre "Emprunter le GR20, c'est aller AU-DELA de la marche…". Les initiés comprendront toute la perspicacité de cette formulation… Au bout de quelques jours, j'ai également acquis quelque lucidité sur la circonspection des commentaires de ma carte-guide, qui, lorsqu'elle décrit par exemple : "l'étape se termine par un sacré coup de rein", entend "il faut monter raide pendant deux heures sur un chemin de pierres et d'éboulis, concentré à chaque pas pour ne pas se briser une cheville et donnant tout ce qu'on a dans les trippes et le mental pour parvenir à faire bouger des muscles qui n'aspirent plus qu'au repos et à l'immobilité" (j'exagère à peine), ou bien résume par "une sévère descente", le flanc très raide d'une montagne que l'on dégringole en une heure et demie d'acrobaties franchement délicates à certains endroits, à travers rochers et galettes glissantes, pour arriver en bas avec les tendons douloureux, les genoux et les chevilles en vrac, les muscles des cuisses tétanisés… J'avais, dans ces moments-là, de grandes pensées admiratives pour ceux qui doublent les étapes et, échappant totalement à mon entendement, ce monsieur qui fit le GR complet en combien déjà ? 36 heures et 53 minutes si je m'en souviens bien ?… Comment son corps fait-il pour tenir, à celui-là ? Comment fait-il pour ne pas se rompre les os lors d'un faux pas trop rapidement calculé ? A-t-il le temps de profiter un peu du paysage et des plaisirs du chemin ?
Je rirai aussi beaucoup, à mon retour, lorsque mon mari me demandera, en toute bonne foi, à propos du GR : "Est-ce que les enfants pourraient le faire ?". Certes, j'ai vu deux jeunes hollandais de 10 et 12 ans accompagnés de leur père et leur oncle, marcher d'un pas alerte, sac au dos. Mais personnellement je n'oserais pas amener les miens sur un tel terrain, même à cet âge-là. Ils ne sont pas préparés, les risques sont trop importants et on a déjà bien assez à faire à veiller sur soi. Plus tard, donc.
Durant les quelques étapes que nous avons faites, j'ai été sidérée et enchantée par l'absence de civilisation dans tout ce que nous voyions. L'unique trace de l'homme, là-bas, en dehors des marques du GR et des rares panneaux de bois indiquant la direction, est le chemin : mince bande de terre sèche battue par les pas au milieu des enchevêtrements de racines et des éclats de roche, goulot de poussière creusé dans l'herbe par les semelles des randonneurs, roche à peine polie par les multiples passages. Aucun déchet ne traîne, l'homme se fait discret pour une fois, et je le comprends : moi-même me sens intruse et aspire à me fondre le plus possible dans le paysage, le silence… Où que nous posons les yeux, tout n'est que nature vierge et panorama superbe. Lorsque nous nous arrêtons, nous n'entendons que le bruit du vent, des ruisseaux et des animaux. Lorsque nous marchons, le rythme cadencé de nos pas s'ajoute seul aux sons de la nature. Parfois, sans savoir pourquoi elles étaient là et pas ailleurs, les entendant venir de loin, nous passions au milieu d'un concert de cigales… Je trouvais la partie sonore de notre marche si plaisante que je suis tombée des nues en croisant des jeunes aux oreilles affublées des écouteurs de leur lecteur mp3.
Du haut des montagnes, nous avons contemplé des successions de sommets bleutés baignés dans la brume, des forêts sombres et denses, des lacs miroitant, des mers blanches de nuages, et la grande bleue, au loin, se confondant avec le ciel… Paysage entièrement aquatique, végétal et minéral… Probablement tel qu'il serait si la terre ne portait aucune humanité. Les villages sont rares et discrets. Ils se fondent dans le paysage.
L'eau est omniprésente, à ma plus grande joie. Des torrents, des ruisseaux, des sources, des cascades, des piscines naturelles : je me suis régalée tous les jours. Plus d'une fois par étape, nous avons posé les sacs à l'écart du chemin pour faire trempette, nous désaltérer et nous débarbouiller dans cette eau si translucide, si pure… et si froide !! Tellement froide que cela faisait mal, parfois. Et y nager, quand c'est possible, coupe littéralement le souffle. A boire, elle est délicieuse. Ah, plonger la tête dans un remous et me remplir jusqu'à plus pouvoir, cela faisait longtemps que j'en rêvais !! Evidemment, plus d'un m'a mise en garde : boire l'eau des torrents est risqué, soit disant… Bah, j'ai toujours fait ça, et le plaisir que j'y prends vaut bien un petit risque. J'ai confiance.
Autre joie très candide : nous croisons des chevaux et des ânes en liberté, des troupeaux de moutons, de chèvres, de vaches, livrés à eux-mêmes, et puis des cochons sauvages débonnaires. Il parait que les vaches, ici, ne manquent pas non plus de caractère : d'après ce qu'on m'en a dit, elles montent toutes seules à l'alpage et en redescendent quand ça leur chante, provoquent des accidents en déboulant sur les routes et sont capables de sauter par-dessus des murs de 2m50 pour aller grignoter dans un jardin. Nous nous étonnons souvent, en atteignant avec peine certains sommets exempts de végétation, abrupts et caillouteux à souhait, de tomber sur des moutons ou des vaches faisant la sieste au soleil… Comment sont-ils arrivés là, ceux-là ? Comment escomptent-ils redescendre ?
Pendant 4 jours ½, nous quittons donc la civilisation et prenons – avec joie - le pli d'évoluer dans le calme de la nature, ne croisant guère que des animaux, et accompagnées uniquement, et de suffisamment loin pour ne pas le ressentir, par les autres membres de cette petite communauté de marcheurs que nous formons : nous apercevant le matin, nous doublant parfois sur le chemin, nous retrouvant le soir. Sur le GR, chaque jour de départ crée sa communauté, et toutes se succèdent, par vagues, dans les différents gîtes. Très rapidement, nous faisons connaissance avec les membres de notre propre vague, et les seules têtes inconnues deviennent celles des marcheurs empruntant le sentier dans le sens inverse, du sud au nord, qui nous croisent le temps d'une nuit, ou ceux qui doublent les étapes, et qu'on ne revoit plus…
Quelques personnages repérés parmi les autres : le résidu d'un groupe de copains qui arrive du nord et s'est peu à peu disloqué pour finir à trois : un couple de jeunes et leur amie, une grande brune très féminine et très maigre, qui m'épate franchement : je n'aurais jamais imaginé ce genre de fille se taper 15 jours de randonnée avec 15 kg sur le dos !! Enfin, elle avoue malgré tout qu'elle en a sa claque et qu'elle est pressée d'en finir. Nous croisons aussi un couple de cinquantenaires : comme Madame en avait assez et voulait abandonner, son mari, très chevaleresque, se charge de porter son sac, en plus du sien, soit 27 kg en tout…
Quelques dynamiques sexagénaires font partie du groupe, qui marchent lentement mais vaillamment et avec constance, se douchent à l'eau froide sans tiquer, ne font pas de manières et dorment à la belle étoile lorsque le gite est complet. J'espère sincèrement leur ressembler lorsque j'aurai leur âge !!
Nous discutons aussi avec trois jeunes femmes brunes qui se ressemblent beaucoup, sortent de sport étude et font l'intégralité du GR, ont doublé plusieurs étapes au nord, enchainent les variantes alpines, avancent à une cadence assez terrifiante et se serrent dans une minuscule tente. Elles sont super bronzées, super sympas, super souriantes, super jolies et super dynamiques. Me font cruellement penser à une amie : même physique (la ressemblance est criante), mêmes études, même entrain, même style… amie qui aurait probablement adoré faire le GR… mais n'en aura jamais plus l'occasion.
Me sens tellement chanceuse d'être en vie… d'être là…
Les filles viennent de Strasbourg : exclamation ravie de ma sœur qui y fait ses études.
Il y a aussi une bande d'italiens : deux gars et une fille qui ressemble à Sinead O'Connor. L'un des gars parle fort, (braille plutôt), et ce continuellement, jure, pète, rote… charmant, quoi. Lors de notre nuit à Campanelle, alors que je venais de m'assoupir après plusieurs heures à chercher le sommeil, j'ai bien failli aller lui démonter sa tente sur la tête en représailles, pour le faire taire : à deux heures du matin, il a débarqué en réveillant toute l'assemblée en braillant comme un âne et en chantant très fort et très faux. Il avait l'air bien "chaud" et rotait sans cesse en s'écroulant grassement de rire à chaque fois… Lorsque j'ai sorti la tête de la tente, il m'a aperçue et baragouiné sur un ton mielleux des trucs en italiens : "Ah… mi amor… Stella… Bella noche…" ai-je compris. Dans une tente, quelqu'un lui a crié d'une voix tendue : "s'il vous plait !…". Moi j'étais plutôt sur le point de lui balancer un virulent "Shut up !!"… mais le ciel étoilé, effectivement stupéfiant, m'a calmée brutalement : d'un coup, j'en ai plus rien eu à faire de ce type, et encore moins de me rendormir. Je me suis couchée dans mon sac de couchage, à même l'herbe, à côté de la tente, le regard perdu dans le ciel.
Les étoiles sont les mêmes pour tous ceux de la moitié du globe pour lesquels il fait nuit, qui se donnent la peine de lever les yeux et de les observer, et ce quel que soit l'endroit où ils se trouvent. C'est un lien universel. Je me demande qui d'autre les regarde, en ce moment… Pense sereinement à ceux dont je me suis éloignée mais qui ne me manquent pas. La distance, quelle qu'elle soit, ne sépare pas forcément.
Je me suis amusée aussi à me laisser "tomber dans l'univers", comme je le fais souvent. Et puis j'ai réalisé que j'avais dormi, que l'italien s'était tu, et que le jour n'allait pas tarder à se lever…
Notre "communauté" comprenait également deux jeunes filles, plutôt petites, très fraîches, très jolies, très souriantes, et qui en bavaient des ronds de chapeau sur le parcours. Il faut dire qu'elles étaient venues avec des sacs de 18 kg !! Le deuxième jour, ce fut donc la grande braderie au gite de Prati : qui veut des tic tacs ? Un brumisateur ? Du thé ? Des barres de céréales ? Elles se sont déchargées d'une bonne partie du superflu, ont même abandonné des fringues, je crois. J'ai été étonnée de les voir s'accrocher malgré leurs difficultés, les chaussures inadaptées aux semelles glissantes, les ampoules "énormissimes" elles aussi. Et puis encore plus soufflée de les croiser, le soir venu, se pavanant à travers le bivouac en jolies robes d'été, tapant la discute avec tous les jeunes hommes à qui elles offraient des cannettes de coca à tours de bras et de grands sourires pas farouches du tout… Choisir le G