Coquetterie

Publié le par Plume

Septembre 2007


Attention : je suis aujourd'hui à fond dans mon rôle de sainte nitouche effarouchée moraliste et donneuse de leçons… Ca me va si bien finalement...


Une fois n'est pas coutume : avant-hier, littéralement épuisée, je me suis écroulée devant la télé, à une heure suffisamment tardive pour espérer tomber sur une quelconque émission un tant soit peu culturelle (genre la grande librairie de la semaine dernière, avec Amélie Nothomb, un régal), et j'ai zappé par hasard sur une émission de téléréalité sirupeuse à souhaits ayant l'ambition de relooker les gens, et où on vous sort les violons tous les 5 minutes pour vous faire pleurer…


Pleurer en l'occurrence sur le sort de deux femmes, 30 et 40 ans, mères de famille, qui n'ont pas le temps de s'occuper d'elle et qui, HORREUR !, préfèrent s'habiller "confort" que "sexy"… Toutes deux sont volontaires pour participer : l'une affirme vouloir changer pour "reconquérir son mari", et l'autre veut se trouver un homme…


Tout au long de l'émission, j'ai cru rêver : on les rhabille, on les recoiffe, on les materne, on leur assure même un semblant de prémisse de thérapie !! Et en quelques heures elles ressortent métamorphosées, soudain sûres d'elles, radieuses et totalement épanouies !! On apprend même à celle qui veut reconquérir son mari les bases d'une danse lascive pour que ce dernier n'oublie assurément pas les retrouvailles…

Alléluia !! Pour un peu je me serais laissée prendre par cette bouleversante euphorie et j'aurais sorti mon mouchoir !!

Mais j'étais trop atterrée… Pincez-moi je rêve !… On vous sert avec émotion la définition suivante : Une femme est belle et épanouie lorsqu'elle plait aux hommes (ça se discute aisément). Et pour parvenir à cela il lui faut se fringuer de la dernière petite robe synthétique à la mode, hyper sexy (entendez qui laisse voir un maximum de peau) et hyper inconfortable évidemment (j'ai entendu, texto : "Si tu veux être belle, renonce au confort" !!), porter des sous-tifs pigeonnant et consacrer au moins deux heures par semaine à son coiffeur ou à son esthéticienne… Car pas question d'être belle avec votre morne couleur naturelle de cheveux, quelques poils sur les jambes ou un bouton sur le nez !!

Livrées – de loin - à la vue des passants, ces deux femmes se faisaient (et se laissaient) cataloguer : "elle n'a pas de caractère", "Elle est très commune", "on dirait un sac", etc., commentaient-ils…  J'en avais mal pour elles. Quelques temps plus tard, entièrement relookées et donc habillées dernier cri, sexy et tout, coiffées par de vrais pros (qui coiffent des stars, hein, pas des rigolards), tartinées de maquillage, souriantes de toutes leurs dents et l'œil humide de reconnaissance, on les replace à la vue des passants qui, de près cette fois, les trouvent soudain beaucoup plus intéressantes… Merci M6 !!!!! Que serais-je devenue sans vous…

Pardon d'être aussi agressive que primaire, mais cela m'agace profondément. Et oui, si ça m'agace autant c'est évidemment que je me sens fortement visée par ce genre de discours. Ca me rappelle la condescendance des filles envers moi : entre mes "copines" de collège qui voulaient m'apprendre à draguer et celles de l'internat qui se désolaient  sur mon look jogging-baskets-cheveux-tirés-dans-la queue-de-cheval, et qui, avec mansuétude, daignaient du haut de leur inégalable expérience de la beauté, essayer de m'aider à "m'ARRANGER" (quel mot !)… Les personnes ne manquent pas aujourd'hui encore, proches ou moins proches, et sous couvert de vouloir mon bien ou mon bonheur (Ouais mon œil !) qui me bassinent régulièrement avec mes cheveux, que ça fait gamine, que ça fait vieille, qu'il faudrait vraiment couper tout ça… Et de tous temps j'ai entendu des trucs du genre "tu serais tellement plus jolie si tu te maquillais un peu". Sans parler de ceux qui se sont entêtés à m'offrir des fringues modernes ou des bijoux en espérant que je les porte… J'ai beau essayer de respirer profondément : Ca m'ENERVE !! Non de non occupez-vous de vos fesses et laissez-moi être moche et ringarde si j'en ai envie et si je me sens bien comme ça !! A moins que cela soit trop insoutenable que quelqu'un ose être différent et aspire à d'autres formes de beauté ?... "Non, les braves gens n'aiment pas que…"

Quand je repense que j'ai été assez faible pour me laisser faire, que je les ai laissées me frisotter les cheveux, m'arracher les sourcils, me peinturlurer, échanger mes jeans contre leurs collants fins et leurs mini-jupes et mes baskets contre des chaussures de torture, et que j'ai osé, moi, Anne, me montrer comme ça… Ah oui, j'en ai vu alors, des regards sur moi, étonnés surtout, et parfois même soudainement intéressés (A l'époque j'étais fine, grande, musclée, le prototype du 90/60/90, mais je n'en avais pas conscience, obnubilée que j'étais par mes divers complexes…). Plus tard, c'est mon copain de l'époque qui m'incitait à porter de ces petites robes moulantes que j'achetais en douce et que je planquais de ma mère car elles les aurait de suite balancé à la poubelle… Des regards lubriques, j'en ai croisés alors, et rien que d'y repenser ça me donne la nausée. Et si c'est pour capter ce genre d'attention qu'il faut se faire souffrir dans des fringues étriquées et des chaussures de torture, se balader à moitié-nue et jouer les femmes fatales… Alors j'y renonce de très bon cœur !! Je laisse à d'autres la joie de se trouver jolies comparées à des sacs comme moi, et de séduire ces hommes qui ne les aurait pas vues si elles avaient été… naturelles…

Ma mère m'a toujours dit : "Si les garçons ne te trouvent pas jolie, réjouis-toi, car grâce à ça tu seras sûre que celui qui voudra de toi plus tard t'aimera pour ce que tu es vraiment". A cette époque j'étais - comme nombre filles de mon âge - énormément complexée et j'aurais sûrement préférée qu'elle me tienne un autre discours, mais aujourd'hui je lui suis vraiment reconnaissante de ça. Je suis très à l'aise dans mon look jeans-chaussures-plates-cheveux-raides-et-longs-jusqu'aux-fesses-sans-bijoux-ni-maquillage, bref naturelle et fraîche comme une rose… et d'autant plus que cela éloigne de moi tout regard concupiscent, et qu'on me fait régulièrement des compliments spontanés qui me touchent beaucoup : Les petites filles s'extasient sur me cheveux et j'en connais plus d'une qui les laissent pousser pour les avoir comme moi… Et il y a encore quelques temps, à Leclerc où je faisais les courses, un jeune homme handicapé ne cessait de me suivre dans les rayons et de me sourire. Et sa mère m'a dit "Vous offrez à mon fils la vision de la femme de ses rêves". J'étais fière comme Artaban.

 

Aujourd'hui si une nénette comme celle de la télé s'approchait de moi en me prenant par les épaules, en me gloussant des "ma chérie" et en me disant qu'elle va m'apprendre comment il faut faire pour être belle et plaire aux hommes, je lui balancerais –mentalement du moins – mon point dans sa figure de poupée !! Quand je pense que cette vamp à la noix, en regardant l'une des deux femmes de l'émission, a osé lui dire "je plains ton mari"… Ca me laisse sans voix. Et vous, Aphrodite, z'êtes mariée ? Et avec quel type d'homme, hein ? Gros-bras-grosse-libido-et-zéro-cerveau ? Le genre de gars qui va vous ramener des sex toys à la maison parce que votre beauté de poupée ne suffit plus pour lui faire de l'effet ou qui va vous larguer pour une autre plus jeune dès que vous serez un peu défraichie ?

 

Et quand je pense qu'on nous sert ça en modèle… Que des tas de jeunes filles complexées comme je l'ai été, par leurs grands pieds, leur grand nez, leur drôle de tête ou leurs kilos en trop, se font souffrir à essayer de rentrer dans les moules stéréotypés que nous servent ce genre de discours… Comme si la panacée dans la vie était de séduire… Et on ne se demande jamais qui !! Car tout est là : qui veut-on séduire ?!… Et suivant cette réponse, on ne se conduit pas de la même façon. Certaines se plaignent que leur homme est un primaire, un grossier personnage sans délicatesse, elles se lamentent d'être un objet sexuel et qu'on ne leur porte pas l'amour qu'elles méritent. Oh, je sais, je ne devrais pas juger, mais soyons honnêtes, ne l'ont-elles pas cherché ?! Faut voir avec quoi elles l'nt appâtées, leur Cro-magnon !

J'ai envié, au collège et au lycée, ces nénettes super mignonnes qui avaient la côte auprès des garçons et qui nous méprisaient, nous, "les moches".  Maman me disait "Patience…" et aujourd'hui, 15 ans après, je constate que les premières mariées et heureuses en amour étaient de ces coincées, discrètes et "moches", justement… Alors que plus d'un canon de l'époque, garçon ou fille d'ailleurs, est soit célibataire (hein, Pierre, toi si condescendant à mon égard…), soit malheureux en ménage... Et finalement je ne regrette pas de ne pas m'être trahie, d'avoir assumé mon look de garçon manqué, de prude sainte nitouche, et d'avoir suivi ma route tout droit sans m'en laisser dévier par quiconque.

Aujourd'hui je ne suis pas plus complexée que fana des miroirs, j'ai appris à vivre avec moi et à me regarder telle que je suis, sans trop en souffrir et sans m'admirer non plus… Je suis heureuse d'avoir perdu un peu de poids parce que je me sens beaucoup mieux comme ça dans mes baskets et que je me préfère comme ça. Que ça plaise ou non à d'autres, m'en balance !… Mais je n'ai pas oublié ce qu'on peut ressentir lorsque l'on dépend encore suffisamment du point de vue d'autrui pour ce sentir la dernière des "poufs", et j'ai mal au cœur pour ces femmes qui ont perdu le goût de s'occuper d'elles à force de s'occuper des autres et que l'on dévalorise pour cela. L'une des deux souffrait énormément, cela sautait aux yeux, et toutes deux ont, je pense, tiré bien plus de bénéfice du fait que quelqu'un s'occupe enfin d'elles et les chouchoute, peu importe la finalité, que de leurs nouveaux vêtements ou nouvelle coupe…

Et mon cher et tendre qui me dit après ça en rigolant : "Et toi, tu ne voudrais pas que je t'offre un relooking…?" Grrrr… Il est pas né celui qui me fera enfiler une petite robe noire décolletée jusqu'au nombril et marcher dans des chaussures pointues sur des talons encore plus pointus, la figure enfarinée et les cheveux coupés, colorés et méchés… Vive les jeans, les talons plats, les cheveux naturels et le look confort !!

Les hommes biens sont rares (j'entends par là : intéressant, profond, attentif et aussi subtil qu'un homme puisse être), et si j'ai une leçon à donner aujourd'hui, en toute connaissance de cause et en assumant pleinement la présomption d'une telle chose, c'est : "On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre"… Alors, amies de la vraie féminité, cultivons l' "extra-ordinaire" et laissons aux vamps sexy les machos lubriques et autres minets tellement fadasses qu'ils ne méritent même pas qu'on en parle…

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